Caisson en contreplaqué ouvert dans un van, couvercle relevé sur le bac, une main qui verse des copeaux de bois dedans ; sac de copeaux, bocal et petite pelle métallique posés sur le plancher, lit et rouleau de papier à l'arrière-plan
Eau & confort

Les toilettes sèches, sans le discours militant

Ma sœur a soulevé le couvercle du caisson et m'a dit qu'elle ne pourrait pas. Cinq ans de toilettes sèches en van : la manutention, l'odeur, et mes regrets.

· Mickaël Berthier · 7 min de lecture

« Franchement, moi je pourrais pas. Tu le gardes avec toi dans le van, quoi. »

C’est ma sœur, un dimanche de juin, dans l’allée chez mes parents. Elle était montée voir l’aménagement fini, elle avait trouvé le lit bien fait et la cuisine plus grande qu’elle ne l’imaginait, puis elle a soulevé le couvercle du caisson sous la banquette. Rien de correct ne m’est venu. J’ai dit « ouais, non, mais c’est pas ça du tout », ce qui ne veut rien dire et ne rassure personne.

Le problème, c’est que les deux réponses toutes faites sont mauvaises. La première est celle du militant : on économise l’eau potable, on rend au sol ce qu’on lui a pris, et le sujet se referme sur une leçon. La seconde est celle du dégoûté, qui n’a jamais essayé et qui parle d’un seau. J’ai lu les deux pendant des années. Aucune ne raconte à quoi ressemble un mardi de novembre sur un parking de supermarché, un bidon opaque à la main.

Je n’ai pas choisi ça pour la planète.

Je ne voulais pas découper un flanc de plus

Une cassette, ça veut dire une trappe de service dans le flanc du fourgon. Un cadre à poser, un joint, une découpe aux bonnes cotes, et l’obligation de placer le WC contre cette paroi-là, à cet endroit précis, pour le reste de la vie du véhicule. Quand j’ai tranché, au printemps 2021, la découpe du pavillon pour poser un lanterneau m’avait déjà fait monter trois fois sur l’escabeau avant que j’ose appuyer sur la gâchette. L’idée d’en refaire une, horizontale, dans une paroi que je venais tout juste d’isoler, ne m’a pas beaucoup séduit.

Il y a l’eau, aussi. Une chasse prend dans le même réservoir que la vaisselle et le café. Toute l’eau du van vient d’un réservoir que je remplis à la main, à un robinet qu’il faut d’abord trouver. Un litre parti à la chasse est un litre qui manquera avant le prochain remplissage, et ce calcul-là, on le refait tous les jours.

Et il y a le gel. Une cassette contient de l’eau, un circuit contient de l’eau, et l’eau gèle. Des copeaux de bois, non. En février, dans une cellule qu’on ne chauffe pas la nuit, chaque poste qui contient de l’eau devient un poste à surveiller. J’ai rayé celui-là de la liste et je n’ai jamais eu à y revenir.

Le dernier argument est le moins glorieux : c’est démontable. Rien n’est vissé dans la structure et rien ne traverse la tôle. Si je m’étais trompé, je ressortais l’ensemble en une demi-heure et je posais autre chose. Sur le 12 V, je sais ce que je fais et je décide vite, c’est mon ancien métier. Sur ce sujet-là je n’avais aucune expérience, alors j’ai pris la solution qui me laissait le droit de changer d’avis.

L’odeur, et le seul moment où il y en a

Ce que j’ai monté est un bac à séparation. L’urine part vers l’avant, dans un bidon qui se visse. Le solide tombe derrière, dans un sac, sur un fond de copeaux. Les deux ne se rencontrent jamais. Dans des toilettes, ce qui sent, c’est le mélange.

Au quotidien, il n’y a rien. Pas d’odeur dans la cellule, pas d’odeur au moment d’ouvrir le couvercle, pas de parfum de synthèse posé par-dessus pour masquer quelque chose. Je sais que c’est difficile à croire pour quelqu’un qui n’a jamais mis le nez dedans, et je ne vois pas comment le prouver autrement qu’en l’écrivant.

Un moment fait exception, un seul : la vidange du bidon. Quelques secondes, le temps de dévisser et de verser. L’été, quand j’ai laissé passer deux jours de trop, c’est franc. En novembre, beaucoup moins.

Le geste, lui, ne disparaît jamais. Tous les deux ou trois jours, je traverse un parking avec ce bidon à la main, je vais aux toilettes publiques ou au vidoir d’une aire, je vide, je rince, je remonte. Ça prend cinq minutes et ça ne se délègue à personne. Rien de sale là-dedans. Ce qui est inconfortable, c’est que ça se fait en public. On croise des gens, et certains savent parfaitement ce qu’on porte.

Recevoir quelqu’un demande encore autre chose. Il faut expliquer, avant, à un adulte qui finit son café. Où on s’assoit, où ne pas mettre le papier, quoi faire après. Les gens écoutent poliment et un sur deux se trompe quand même. Un copain a versé une demi-bouteille d’eau dedans en pensant bien faire, et j’ai passé la soirée à rattraper ça. Ma nièce, six ans, a trouvé le truc normal en trente secondes. Ça dit sans doute quelque chose sur qui a un problème avec quoi.

Où ça finit, et le texte que tout le monde cite de travers

Quand on cherche la règle française, on tombe toujours sur le même texte : l’article 17 de l’arrêté du 7 septembre 2009. Il autorise les toilettes sèches, à condition qu’elles ne génèrent « aucune nuisance pour le voisinage ni rejet liquide en dehors de la parcelle, ni pollution des eaux superficielles ou souterraines ». Cette phrase est recopiée partout, dans les guides de blog comme sur les fiches produit des boutiques.

Il suffit de lire les lignes suivantes du même article pour voir qu’elles ne parlent pas de nous. Il demande que la cuve soit « régulièrement vidée sur une aire étanche conçue de façon à éviter tout écoulement et à l’abri des intempéries », que les sous-produits soient « valorisés sur la parcelle », et que « l’immeuble » soit équipé d’une installation de traitement des eaux ménagères. Un fourgon n’a ni parcelle, ni immeuble, ni aire étanche couverte. Ce texte encadre l’assainissement non collectif d’une maison. Il ne dit rien d’un véhicule.

Le vide est reconnu par l’administration elle-même. Répondant en mars 2025 à une question écrite d’une députée sur les toilettes sèches publiques, le ministère chargé de l’écologie a listé ce qui reste à examiner : le cadre de valorisation des matières, les contraintes d’hygiénisation, les circuits de collecte. Et il a renvoyé l’affaire à la transposition de la directive européenne sur les eaux usées, attendue d’ici mi-2027. Personne, à ce jour, n’a écrit où un van doit vider.

Ce qui existe, c’est l’interdiction de vider n’importe où. L’article R*116-2 du code de la voirie routière punit de l’amende prévue pour les contraventions de cinquième classe ceux qui auront « laissé écouler ou auront répandu ou jeté sur les voies publiques des substances susceptibles de nuire à la salubrité et à la sécurité publiques ou d’incommoder le public ». Un bidon vidé dans un caniveau tombe mot pour mot là-dedans.

Ce que je fais, sans prétendre que ce soit la bonne réponse : l’urine dans des toilettes raccordées au réseau, ou au vidoir d’une aire de service. Le sac fermé dans une poubelle d’ordures ménagères. Composter, je ne l’ai jamais fait : pas de terrain, et un compost demande de rester des mois au même endroit.

C’est le point que la version militante saute. Sur la route, la matière part à l’incinération ou à l’enfouissement, comme une couche. L’eau économisée, elle, est réelle et je la vois passer. Le reste du discours, dans mon cas, ne tient pas debout.

Les fois où je regrette

Il pleut, il est 23 h, le bidon est plein. C’est toujours à ce moment-là.

Il arrive aussi qu’on passe trois jours sans trouver de point de vidange. Un lundi férié dans un village où les toilettes publiques sont fermées à clé, une aire hors service au bout de vingt kilomètres, et un bidon qui voyage avec moi pendant que je cherche. Un endroit où passer la nuit et un endroit où vider ne se trouvent presque jamais au même point, et les deux ne sont à peu près jamais traités dans le même article.

Je regrette également chez des amis en camping-car de série. Cassette, trappe, borne de service à deux cents mètres. Ils vident en quatre minutes, ils rincent, ils repartent en discutant. Moi, j’ai un rituel.

Et puis il y a la place que ça prend dans la tête. C’est un objet qui demande qu’on pense à lui tous les jours. Combien de copeaux il reste dans le sac, où sera la prochaine poubelle, est-ce que je vide maintenant ou en fin de journée. Cinq ans après, ce calcul tourne encore quelque part derrière.

Est-ce que je le referais ? Oui, pour un motif qui n’a rien de vertueux : c’est le poste le plus simple du van. Rien qui gèle, rien qui fuit, aucune pièce à remplacer, pas un trou de plus dans la tôle.

Ma sœur n’a jamais retiré sa phrase, et sur les faits elle avait raison. Je le garde avec moi. C’est la servitude que j’ai prise en échange du reste, et je n’ai rien de plus honnête à lui répondre.

Sources

  • Arrêté du 7 septembre 2009 fixant les prescriptions techniques applicables aux installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5, article 17, version en vigueur depuis le 26 avril 2012, Légifrance (consulté le 31/07/2026)
  • Assemblée nationale, question écrite n° 248 de Mme Sylvie Ferrer sur l'installation de toilettes sèches publiques, réponse du ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche publiée le 4 mars 2025 (consultée le 31/07/2026)
  • Code de la voirie routière, article R\*116-2, 4°, en vigueur depuis le 1er mars 1994, Légifrance (consulté le 31/07/2026)
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Photo de Mickaël Berthier
Mickaël Berthier Ardèche, et sur la route

Je vis en van aménagé une bonne partie de l'année depuis 2021. Ancien électricien du bâtiment, j'ai aménagé mon fourgon moi-même et je documente ici ce qui marche, ce qui casse et ce que ça coûte vraiment.

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