Il n’existe pas d’amende de 1 500 € pour camping sauvage. Ce montant ne figure dans aucun article qui interdit le camping, et il ne vient pas d’un texte : c’est le plafond de la contravention de cinquième classe, posé à l’article 131-13 du code pénal pour toutes les contraventions de France. Quelqu’un l’a un jour collé à côté du mot camping. Les autres ont recopié.
Ça pourrait n’être qu’une coquille. Elle a une conséquence : un chiffre faux et effrayant tient lieu de règle, et pendant ce temps personne ne dit ce qui est puni, par quel texte, ni combien. J’ai déjà écrit ici où le droit français autorise à passer la nuit dans un véhicule. Cet article prend l’autre bout du sujet, celui de la sanction, et il est moins rassurant que le premier.
Quatre montants, quatre articles, et pas un qui les contienne
J’ai relevé ce qu’annoncent cinq pages françaises sur la requête, puis j’ai ouvert chaque article cité sur Légifrance. Aucune des cinq ne met un lien vers un texte. Une seule porte une date de mise à jour postérieure à 2025.
| Ce qu’on lit | L’article cité | Ce que l’article contient réellement |
|---|---|---|
| « une amende de 1 500 € » | R111-42, code de l’urbanisme | Les trois catégories de terrains où une résidence mobile de loisirs peut être installée. Aucun montant, aucune peine |
| « 135 € » | R413-1, code de l’environnement | La liste des établissements dispensés du régime des animaux d’espèces non domestiques : pisciculture, aquaculture, invertébrés |
| « 450 €, 3e classe » | R111-32, code de l’urbanisme | La phrase qui autorise le camping : « Le camping est librement pratiqué, hors de l’emprise des routes et voies publiques » |
| « 38 €, 1re classe » | L2213-2, CGCT | Le pouvoir du maire de réglementer l’arrêt et le stationnement par arrêté motivé. Aucune peine |
| « jusqu’à 1 500 € » | aucun article | Le plafond de la 5e classe, article 131-13 du code pénal |
La première ligne se trompe deux fois. L’article R111-42 ne contient pas de montant, et il ne parle pas d’un van : l’article R111-41 définit la résidence mobile de loisirs comme un véhicule habitable « que le code de la route interdit de faire circuler ». Un fourgon immatriculé est exactement l’inverse. La troisième ligne, elle, cite comme fondement d’une amende l’article qui pose la liberté de camper.
Ce que R610-5 punit vraiment, et pourquoi ça ne se paye pas au bord de la route
Quand une commune interdit le camping ou le stationnement par arrêté, le texte qui sanctionne n’est pas dans le code de l’urbanisme. C’est l’article R610-5 du code pénal : « La violation des interdictions ou le manquement aux obligations édictées par les décrets et arrêtés de police sont punis de l’amende prévue pour les contraventions de la 2e classe. » Deuxième classe depuis le décret n° 2022-185 du 15 février 2022, en vigueur le 17 février. Avant cette date, première classe. Un article publié en 2020 et jamais relu donne donc la mauvaise classe, et j’en ai lu plusieurs.
Deuxième classe, c’est 150 € au maximum à l’article 131-13 du code pénal, et 35 € en amende forfaitaire à l’article R49 du code de procédure pénale.
Sauf que le forfait suppose que la contravention y soit éligible. L’article 529 du code de procédure pénale réserve la procédure aux contraventions « dont la liste est fixée par décret en Conseil d’État ». Cette liste est l’article R48-1. J’en ai lu la version en vigueur au 30 juillet 2026 : une vingtaine d’entrées, code de la route, code des transports, code rural, bruit, armes, aéronefs sans équipage, tabac. L’article R610-5 n’y est pas.
Le même décret de 2022 a créé deux contraventions de quatrième classe, R644-5 et R644-5-1 du code pénal, pour la consommation d’alcool sur la voie publique, les artifices, le transport de bidons de carburant et la présence en certains lieux après des troubles graves. Celles-là, il les a rendues forfaitisables. Le camping n’entre dans aucune.
La règle : une contravention qui ne figure pas sur la liste de l’article R48-1 du code de procédure pénale ne se règle pas par un timbre-amende. Elle passe devant le tribunal de police, qui fixe lui-même le montant dans la limite de la classe. Un papillon posé sur un pare-brise ne prouve donc rien de la qualification retenue : demandez sur quel texte il est fondé.
L’amende qui existe commence à 1 200 €, et ce n’est pas une contravention
Il existe pourtant un montant chiffré dans un texte, et il est lourd. L’article L610-1 du code de l’urbanisme, version en vigueur depuis le 3 mai 2025, rend les articles L480-1 à L480-9 applicables aux infractions aux plans locaux d’urbanisme. Et l’article L480-4, version du 11 avril 2024, prévoit une amende « comprise entre 1 200 euros » et 300 000 €, avec six mois d’emprisonnement en cas de récidive. C’est un délit, jugé au tribunal correctionnel.
Deux décisions le montrent. La chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le 13 mai 1996 le pourvoi n° 95-83.278 contre une condamnation à 3 000 francs d’amende pour le stationnement d’une caravane et l’installation d’une tente sur un terrain classé au plan d’occupation des sols. Elle a jugé le 27 février 2024, pourvoi n° 23-82669, qu’affecter un bien à une utilisation contraire au plan local d’urbanisme caractérise l’infraction de l’article L610-1 ; le tribunal correctionnel avait retenu 1 500 € d’amende avec sursis. Seul endroit de tout ce dossier où ce nombre apparaît, et c’est le montant choisi par un juge dans un délit, pas un tarif.
Reste ce que je n’ai pas trouvé, et je préfère l’écrire que le combler. L’article R111-33 du code de l’urbanisme interdit le camping isolé dans quatre catégories de sites. Il ne prévoit aucune peine, l’article R111-34 non plus, et l’article L610-1 ne vise pas le règlement national d’urbanisme mais les plans locaux. Le seul fondement général possible resterait l’article R610-5, dont la lettre couvre les « décrets » de police. Je n’ai trouvé aucune décision l’appliquant à du camping. Ce n’est pas la même chose que dire qu’il ne s’applique pas : la question n’est pas tranchée, et je ne la trancherai pas.
La circulaire de 2004, retrouvée, dit le contraire de ce qu’on lui fait dire
Trois réponses ministérielles publiées au Journal officiel renvoient à la circulaire interministérielle n° INTD0400127C du 19 octobre 2004 sur le stationnement des autocaravanes dans les communes. Sa fiche existe sur Légifrance, mise en ligne le 31 mars 2009, et annonce un PDF de 130,9 Ko que le site ne sert pas. La page d’archives du ministère de l’Intérieur renvoie un 403. J’avais renoncé une première fois.
Le fichier existe pourtant. Il est servi par un chemin de téléchargement direct du ministère, alors que la page censée y mener reste fermée. 132 567 octets, exactement la taille annoncée par Légifrance. Cinq pages, en-tête du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales.
Sur la nuit, elle écrit ceci : « Si les risques paraissent plus importants lorsque ces véhicules sont occupés, il est néanmoins suffisant pour les prévenir, de limiter les interdictions à certaines zones particulièrement sensibles, tout en préservant le droit à une halte nocturne en quelque endroit de la commune. » C’est l’inverse exact de la doctrine qu’on lui prête. Juste avant, elle rappelle que « la jurisprudence du Conseil d’État s’est du reste toujours montrée hostile aux interdictions générales et absolues ». Et sa première partie posait déjà le principe en une ligne : « S’agissant de véhicules, les autocaravanes ne sauraient être privées du droit de stationner. » Les réponses ministérielles de 2010 et 2014 reprises partout ne faisaient que recopier cette phrase-là.
Deux réserves, parce qu’elles comptent. Le PDF diffusé n’est pas signé : il porte « Fait à Paris, le » sans date, et deux des trois blocs ministériels sont restés sans nom. Et sa seconde partie renvoie à l’article R443-2 du code de l’urbanisme, numérotation d’avant la recodification de 2015. Une circulaire de 2004 ne fait pas la loi de 2026.
Ça ne veut pas dire qu’un maire ne peut rien interdire la nuit. La cour administrative d’appel de Nantes a confirmé le 16 février 2024, sous le n° 23NT00182, deux arrêtés interdisant le stationnement des camping-cars de 21 h à 8 h sur des sites protégés d’une commune de la Manche. Les motifs retenus tiennent en deux points : l’interdiction reste bornée dans le temps comme dans l’espace, et une aire aménagée reste ouverte ailleurs sur la commune. On est loin d’un arrêté couvrant tout le territoire.
Avant de parler du montant, demander le texte
Sur quel texte, d’abord. « C’est interdit » ne suffit pas : quel article, quel arrêté, de quelle date. Un arrêté municipal est affiché en mairie, il se consulte.
Ensuite la nature de ce qu’on me remet. Un avis de contravention forfaitaire renvoie à une infraction listée à l’article R48-1, donc en pratique au code de la route, et je sais quoi contester. Une convocation, c’est autre chose, et une citation devant le tribunal correctionnel avec l’article L480-4 en visa, c’est encore un autre régime.
Et je note l’endroit, précisément. Bitume et parking, on est dans le code de la route et rien d’autre. Terrain privé sous un plan local d’urbanisme, on bascule dans le code de l’urbanisme, où le plancher est à 1 200 €. Cette frontière-là vaut tous les conseils de prudence, et elle change aussi ce que couvre le contrat d’assurance quand le véhicule est stationné hors voirie.
Ça tient en une habitude. Quand un panneau annonce une somme, allez chercher l’arrêté en mairie avant de croire le nombre : le panneau n’est qu’une signalisation, l’arrêté est ce qui interdit. C’est aussi comme ça que je prépare mes étapes, en lisant les arrêtés plutôt que les forums.
Sources
- Circulaire interministérielle n° INTD0400127C du 19 octobre 2004, Stationnement des autocaravanes dans les communes. Dispositions applicables, ministère de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales, 5 pages, PDF de 132 567 octets téléchargé et lu intégralement le 31/07/2026 sur
interieur.gouv.fr/content/download/8944/85473/file/INTD0400127C.pdf; fiche Légifrancelegifrance.gouv.fr/circulaire/id/27499, mise en ligne le 31/03/2009, dont le lien de téléchargement ne sert pas le fichier (consultée le 31/07/2026) - Légifrance, code pénal, article 131-13 : maximum de 38 €, 150 €, 450 €, 750 € et 1 500 € selon la classe de contravention (consulté le 31/07/2026)
- Légifrance, code pénal, article R610-5, version en vigueur depuis le 17/02/2022 : violation des décrets et arrêtés de police punie de l'amende de 2e classe, classe relevée par le décret n° 2022-185 du 15/02/2022 ; articles R644-5 et R644-5-1 créés par le même décret, contraventions de 4e classe (consultés le 31/07/2026)
- Légifrance, code de procédure pénale, articles 529 et R48-1 : procédure de l'amende forfaitaire réservée aux contraventions dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État ; R48-1 dans sa version en vigueur depuis le 30/07/2026, qui ne mentionne pas l'article R610-5 du code pénal (consultés le 31/07/2026)
- Légifrance, code de procédure pénale, article R49, version en vigueur depuis le 29/03/2020 : amende forfaitaire de 35 € pour la 2e classe (consulté le 31/07/2026)
- Légifrance, code de l'urbanisme, articles R111-32, R111-33, R111-34, R111-41 et R111-42 : liberté du camping hors emprise des voies publiques, interdictions et dérogations, définition et lieux d'installation des résidences mobiles de loisirs. Aucun de ces articles ne comporte de peine (consultés le 31/07/2026)
- Légifrance, code de l'urbanisme, article L610-1, version en vigueur depuis le 03/05/2025, et article L480-4, version en vigueur depuis le 11/04/2024 : amende comprise entre 1 200 € et 300 000 €, six mois d'emprisonnement en cas de récidive (consultés le 31/07/2026)
- Légifrance, code de l'environnement, article R413-1 : établissements exclus du régime de détention d'animaux d'espèces non domestiques (consulté le 31/07/2026)
- Cour de cassation, chambre criminelle, 13 mai 1996, pourvoi n° 95-83.278 : rejet du pourvoi contre une condamnation à 3 000 francs d'amende pour stationnement de caravane et installation d'une tente en violation d'un plan d'occupation des sols (consulté le 31/07/2026)
- Cour de cassation, chambre criminelle, 27 février 2024, pourvoi n° 23-82669 : l'affectation d'une construction à une utilisation contraire au plan local d'urbanisme caractérise l'infraction de l'article L610-1 du code de l'urbanisme (consulté le 31/07/2026)
- Cour administrative d'appel de Nantes, 4e chambre, 16 février 2024, n° 23NT00182 : légalité de deux arrêtés interdisant le stationnement des camping-cars de 21 h à 8 h sur des secteurs protégés d'une commune de la Manche (consulté le 31/07/2026)
Questions fréquentes
Existe-t-il une amende de 1 500 € pour camping sauvage ?
Non. 1 500 € est le maximum d'une contravention de cinquième classe, fixé par l'article 131-13 du code pénal, toutes contraventions confondues. Aucun article interdisant le camping ne contient ce montant : ni l'article R111-33 du code de l'urbanisme, qui interdit le camping isolé dans quatre catégories de sites, ni l'article R111-34, qui permet de l'interdire par le plan local d'urbanisme ou par arrêté du maire. Ce sont des interdictions sans peine attachée.
Quel texte punit le camping interdit par un arrêté du maire ?
L'article R610-5 du code pénal, qui réprime « la violation des interdictions ou le manquement aux obligations édictées par les décrets et arrêtés de police ». Il s'agit d'une contravention de deuxième classe depuis le décret n° 2022-185 du 15 février 2022, en vigueur le 17 février 2022, contre la première classe auparavant. Le maximum est donc de 150 € au titre de l'article 131-13 du code pénal.
Peut-on recevoir une amende forfaitaire pour violation d'un arrêté municipal ?
L'article 529 du code de procédure pénale réserve la procédure de l'amende forfaitaire aux contraventions dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État. Cette liste est l'article R48-1 du même code, dont la version en vigueur au 30 juillet 2026 énumère une vingtaine de cas sans mentionner l'article R610-5 du code pénal. En l'état du texte, la sanction relève donc du tribunal de police, qui fixe le montant dans la limite de 150 €.
Que risque-t-on à camper sur un terrain où le plan local d'urbanisme l'interdit ?
Beaucoup plus qu'une contravention. L'article L610-1 du code de l'urbanisme rend les articles L480-1 à L480-9 applicables aux infractions aux plans locaux d'urbanisme, et l'article L480-4 prévoit une amende comprise entre 1 200 € et 300 000 €, plus six mois d'emprisonnement en cas de récidive. C'est un délit jugé au tribunal correctionnel. La Cour de cassation a confirmé le 13 mai 1996 (pourvoi n° 95-83.278) une condamnation à 3 000 francs d'amende pour le stationnement d'une caravane et l'installation d'une tente en violation d'un plan d'occupation des sols.
Un maire peut-il interdire le stationnement des vans la nuit ?
Sur des secteurs délimités, oui. Un arrêt du 16 février 2024 de la cour administrative d'appel de Nantes (n° 23NT00182) a validé deux arrêtés interdisant le stationnement des camping-cars de 21 h à 8 h sur des sites protégés d'une commune de la Manche, en relevant que l'interdiction restait limitée dans le temps et dans l'espace. Sur l'ensemble d'une commune, non : la circulaire interministérielle n° INTD0400127C du 19 octobre 2004 demande de préserver « le droit à une halte nocturne en quelque endroit de la commune ».
Je vis en van aménagé une bonne partie de l'année depuis 2021. Ancien électricien du bâtiment, j'ai aménagé mon fourgon moi-même et je documente ici ce qui marche, ce qui casse et ce que ça coûte vraiment.