Panneau d'Armaflex de 19 mm collé entre deux nervures de tôle sur la paroi latérale d'un Ducato, joints recouverts de ruban adhésif
Aménagement

Isoler un fourgon : quel matériau, quelle épaisseur

Lambda, résistance thermique, perméabilité à la vapeur : les chiffres constructeur pour choisir un isolant de fourgon, et pourquoi l'épaisseur ne suffit pas.

· Mickaël Berthier · 10 min de lecture

Mars 2021, garage de mon père. Je rouvre le lambris côté conducteur pour passer un câble que j’avais oublié. La laine est mouillée. Pas humide : mouillée, comme une éponge qu’on aurait pressée à moitié. Derrière, la tôle brille, et il y a des gouttes qui descendent le long d’une nervure.

J’ai passé douze ans à tirer des câbles dans des immeubles. Sur du 12 V, je sais de quoi je parle, je peux dire à quelqu’un que sa section est trop faible et lui montrer le calcul. Sur l’isolation, j’ai fait ce que fait tout le monde. J’ai tapé « quelle épaisseur isoler fourgon », j’ai lu cinq pages, j’ai retenu un nombre en millimètres, et j’ai acheté. Mon erreur était en amont du nombre, dans la question que je posais.

Les cinq pages que j’avais lues parlaient d’épaisseur. Aucune ne donnait le chiffre qui aurait changé mon chantier : la résistance du matériau au passage de la vapeur d’eau. Il est écrit noir sur blanc sur les fiches techniques des fabricants, avec la norme d’essai à côté. Je l’ai découvert deux ans après, en cherchant autre chose.

Poste
Isolation des parois, du pavillon et des portes d'un Ducato L2H2
Matériel monté
AF/Armaflex en plaques auto-adhésives de 19 mm, ruban Armaflex sur tous les joints
Coût
Relevé chez Heode le 31/07/2026 : 125,00 € TTC le rouleau de 6 m² en 19 mm, soit 20,83 €/m². Mes propres factures datent de 2020 et ne sont plus comparables.
Temps de pose
Trois week-ends pour moi, découpes des passages de roue comprises
Outillage
Cutter à lame longue, règle métallique, dégraissant, rouleau maroufleur
Difficulté
★★☆☆☆ · la pose est facile, le raisonnement ne l'est pas

Trois chiffres sur une fiche technique, et celui que personne ne recopie

Le lambda, noté λ, s’exprime en W/(m.K). C’est la conductivité du matériau. Plus il est bas, mieux ça isole. Le PIR de Recticel affiche 0,022. Le liège expansé d’Amorim affiche 0,040. Presque du simple au double.

Vient ensuite la résistance thermique R, en m²·K/W, qui vaut l’épaisseur divisée par le lambda. Elle combine les deux, donc c’est elle qu’on compare. 20 mm de PIR Recticel donnent R = 0,90 d’après le tableau du fabricant. 20 mm de liège donnent 0,50. Même épaisseur, presque moitié moins.

Reste le facteur de résistance à la diffusion de vapeur d’eau, noté µ, sans unité. Il dit combien de fois le matériau freine la vapeur par rapport à de l’air immobile. Multiplié par l’épaisseur en mètres, il donne le Sd, exprimé en mètres d’air équivalent. Un Sd de 190 m signifie que la vapeur doit franchir l’équivalent de 190 mètres d’air calme.

Dans une caisse en tôle, ce dernier chiffre commande le reste du chantier. C’est aussi celui qui disparaît des articles.

En 2020, ce tableau, je ne l’ai trouvé nulle part. Toutes les valeurs qui suivent viennent des fiches techniques des fabricants, listées en bas de page.

Isolantλ déclaré (W/m.K)ÉpaisseurR (m²·K/W)µSd
AF/Armaflex plaque0,033 à 0 °C19 mm0,58≥ 10 000≥ 190 m
Recticel IP PIR 0220,02220 mm0,9050 à 1001 à 2 m
Liège expansé Amorim0,04020 mm0,50non publiénon publié
STEICOflex 0360,03640 mm1,1020,08 m
Biofib’Trio0,03945 mm1,15≤ 20,07 m

Les R du PIR, du STEICOflex et du Biofib’Trio sortent des tableaux des fabricants. Ceux de l’Armaflex et du liège, ainsi que les Sd de l’Armaflex, du PIR et du STEICOflex, sont calculés à partir des valeurs déclarées. C’est une division, pas une estimation.

Regardez la colonne de droite. Entre l’Armaflex à 19 mm et le Biofib’Trio à 45 mm, il y a un facteur d’environ 2 700 sur la résistance à la vapeur. Sur la résistance thermique, le Biofib est même devant. Ces deux matériaux font deux métiers différents, et chacun appelle un chantier différent derrière lui.

Un détail qui m’a agacé : sur la fiche technique Amorim que j’ai consultée, le µ du liège expansé n’est tout simplement pas donné. Le lambda y est, la densité y est, la tenue au feu y est. Le chiffre qui compte le plus pour un fourgon manque.

Discuter de 19 ou de 32 mm ne change pas grand-chose

C’est le débat favori des forums. Il tourne en rond depuis dix ans.

Passer de 19 à 32 mm d’Armaflex fait monter la résistance de 0,58 à environ 0,97 m²·K/W. C’est un gain réel. Mais on reste dans un ordre de grandeur qui n’a rien à voir avec un mur de maison, et surtout, on perd 13 mm de chaque côté. Le Ducato L2H2 annonce 1 932 mm de hauteur intérieure et 1 418 mm entre passages de roue sur la planche de cotes du constructeur. Sur le pavillon, chaque millimètre d’isolant se paie sur votre taille debout.

L’autre limite est physique. Les nervures d’une paroi de fourgon ont une profondeur donnée, et l’isolant qui dépasse empêche le lambris de plaquer. On isole donc dans le creux disponible, ou on construit une ossature, ce qui est un autre chantier.

Et il reste les ponts thermiques, que l’épaisseur n’améliore pas : chaque nervure, chaque vis, chaque équerre de meuble traverse l’isolant et va toucher la tôle. J’en ai posé une bonne trentaine sans y penser.

La règle : l’épaisseur se décide avec un mètre, en mesurant la profondeur réelle entre nervures et la hauteur qu’il vous reste sous pavillon. Pas en recopiant le chiffre d’un blog.

La condensation se déclenche à une température précise

Cette partie-là, je l’avais lue sans la comprendre.

L’air chaud de la cellule contient de la vapeur. Vous en produisez en respirant, en cuisinant, en faisant sécher une serviette. Cette vapeur migre vers le froid. Si elle rencontre une surface plus froide que le point de rosée, elle redevient liquide sur place.

Le tableau publié par Korff donne les valeurs. Pour un air intérieur à 20 °C et 60 % d’humidité relative, le point de rosée est à 12,00 °C. À 70 % d’humidité, il monte à 14,40 °C. À 18 °C et 70 %, il est à 12,44 °C. Une nuit de février où la tôle est à 4 °C, toutes ces valeurs sont largement franchies.

Armacell l’écrit dans sa propre fiche technique : la prévention de la condensation suppose qu’en tout point de l’objet isolé, la température de surface de l’isolation reste supérieure ou au maximum égale à la température du point de rosée de l’air ambiant. C’est un fabricant qui parle de tuyauteries, mais la physique est la même dans un fourgon.

Ma laine n’était pas mouillée parce qu’il pleuvait. Elle était mouillée parce que ma vapeur d’eau la traversait et se condensait sur l’acier derrière. Mon premier hiver s’est passé comme ça, avec de l’eau sur toutes les parois et un chantier rouvert au printemps.

Deux stratégies, et il ne faut surtout pas les mélanger

La première, c’est de faire porter la barrière par l’isolant lui-même. L’Armaflex avec son µ ≥ 10 000 fait ça très bien : la mousse est à cellules fermées, la vapeur ne la traverse pas. La condition est absolue, la barrière doit être continue. Les joints entre plaques, les découpes autour des passages de roue, les percements : tout ce qui n’est pas recouvert au ruban est un trou. Et un trou dans un pare-vapeur concentre la vapeur au même endroit au lieu de dégrader un peu la performance partout.

La seconde, c’est un isolant ouvert plus une membrane séparée. Les laines végétales tombent dans cette catégorie. Sd de 0,07 m pour le Biofib’Trio en 45 mm, 0,08 m calculé pour le STEICOflex en 40 mm. Elles ne freinent rien, ce qui est voulu en maison, où la vapeur finit par ressortir par un mur perspirant. Dans un fourgon, elle bute sur de l’acier. La membrane devient donc obligatoire, posée côté chaud et raccordée dans les règles.

Ce qu’il ne faut pas faire, c’est la moitié de chacune. Une couche de laine, un peu de multicouche réfléchissant par-dessus parce qu’il en restait, et un lambris vissé directement dedans : c’est à peu près ce que j’avais fait. La vapeur entre partout, ressort nulle part, et se donne rendez-vous sur la tôle.

L’isolation ne se décide pas sans la ventilation

Un van bien isolé et bien fermé garde sa chaleur. Il garde aussi sa vapeur.

La norme NF EN 721, « Véhicules habitables de loisirs, exigences de ventilation de sécurité », publiée par l’AFNOR dans sa version de décembre 2019, impose deux aérations permanentes non obturables. Les surfaces exigées dépendent du véhicule, et je ne les recopie pas ici : la norme est payante, et je préfère renvoyer au dossier d’homologation plutôt que de propager un chiffre que je n’ai pas lu à la source.

À l’étape isolation, ces deux ouvertures existent déjà et elles ne se bouchent pas. Mon réflexe, quand je posais l’Armaflex, a été de tout étancher. C’était logique pour la vapeur et faux pour l’air. Les deux se traitent ensemble, jamais l’un après l’autre.

Par quoi je commencerais aujourd’hui

Prenez un mètre. Relevez la profondeur des nervures aux endroits où vous voulez isoler, et la hauteur qui vous reste sous pavillon. C’est ce relevé qui fixe l’épaisseur, pas un article.

Décidez ensuite votre stratégie vapeur, avant d’acheter le moindre mètre carré. Isolant étanche avec joints traités, ou isolant ouvert avec membrane séparée. Écrivez-la sur un papier scotché à la portière, elle commande tout le reste du chantier.

Si vous partez sur un matériau ouvert, achetez la membrane et le ruban dans la même commande que l’isolant. C’est en repoussant cet achat que je me suis retrouvé, deux hivers après, à sortir des plaques trempées d’un lambris que je venais de finir.

Sources

  • Armacell, Données techniques AF/Armaflex : λ à 0 °C = 0,033 W/(m.K) pour les plaques AF-10MM à AF-32MM, µ ≥ 10 000 selon EN 12086 et EN 13469, réaction au feu B-s3,d0 selon EN 13501-1, norme produit NF EN 14304 (consulté le 31/07/2026)
  • Recticel Insulation, Fiche technique IP PIR 022, réf. 4L18M2SA29WG 211025 : λD = 0,022 W/m.K selon EN 13165, RD = 0,90 m²·K/W à 20 mm, µ = 50 à 100 selon EN ISO 10456, certificat ACERMI 16/003/1131 (consulté le 31/07/2026)
  • CAVAC Biomatériaux, Fiche technique Biofib'Trio : λ = 0,039 W/(m.K) selon EN 12667, µ ≤ 2 selon EN 12086, R = 1,15 m²·K/W et Sd = 0,07 m pour l'épaisseur 45 mm, certificat ACERMI 14/130/962 (consulté le 31/07/2026)
  • STEICO, STEICOflex 036, marquage WF-EN 13171-T3-TR1-AFr5-MU 2 : λD = 0,036 W/(m·K), µ = 2, masse volumique 50 kg/m³, R = 1,10 m²·K/W à 40 mm (consulté le 31/07/2026)
  • Amorim, Fiche technique plaques de liège expansé pur, toutes épaisseurs : λ = 0,040 W/m°C, densité 120 kg/m³, classe E au feu, certifié ACERMI par le CSTB. Le facteur µ n'y figure pas (consulté le 31/07/2026)
  • Korff, Le point de rosée de l'air, tableau du point de rosée en fonction de la température et de l'humidité relative : 12,00 °C à 20 °C et 60 % HR, 14,40 °C à 20 °C et 70 % HR, 12,44 °C à 18 °C et 70 % HR (consulté le 31/07/2026)
  • NF EN 721, « Véhicules habitables de loisirs, exigences de ventilation de sécurité », version publiée le 13/12/2019, fiche AFNOR consultée le 31/07/2026
  • Heode, fiche produit Armaflex AF 19 mm auto-adhésif, rouleau de 6 m² : 125,00 € TTC, soit 20,83 €/m² (relevé le 31/07/2026)

Questions fréquentes

Quelle épaisseur d'isolant faut-il dans un fourgon ?

L'épaisseur seule ne dit rien, il faut la diviser par le lambda du matériau. 19 mm d'AF/Armaflex, dont Armacell déclare un lambda de 0,033 W/(m.K) à 0 °C, donnent une résistance thermique d'environ 0,58 m²·K/W. 45 mm de Biofib'Trio en donnent 1,15 selon la fiche du fabricant, soit deux fois plus, pour une épaisseur plus de deux fois supérieure. Dans un fourgon, c'est la profondeur des nervures qui fixe la limite, pas le calcul.

L'Armaflex fait-il office de pare-vapeur ?

Sa fiche technique donne un facteur de résistance à la diffusion de vapeur d'eau µ ≥ 10 000 pour les plaques AF-10MM à AF-32MM, mesuré selon EN 12086 et EN 13469. À 19 mm d'épaisseur, cela correspond à un Sd de l'ordre de 190 mètres d'air équivalent. La matière est donc étanche à la vapeur, mais seulement là où elle est posée : les joints, les découpes et les vis restent des passages ouverts.

Faut-il un pare-vapeur avec de la laine de chanvre ou de la laine de bois ?

Oui. CAVAC déclare µ ≤ 2 pour le Biofib'Trio et un Sd de 0,07 m pour le panneau de 45 mm. STEICO déclare µ = 2 pour le STEICOflex 036. Ces matériaux laissent passer la vapeur presque librement, ce qui est fait exprès en maison, mais impose une membrane séparée côté chaud quand la paroi froide est une tôle d'acier.

À quelle température la condensation apparaît-elle dans un van ?

À la température du point de rosée de l'air intérieur. Le tableau publié par Korff donne 12,00 °C pour un air à 20 °C et 60 % d'humidité relative, et 14,40 °C à 70 % d'humidité. Toute surface plus froide que cette valeur mouille, y compris une vis qui traverse l'isolant jusqu'à la tôle.

Le PIR est-il un bon isolant pour un fourgon ?

C'est le meilleur du lot sur le plan thermique : Recticel déclare un lambda de 0,022 W/m.K pour l'IP PIR 022, soit une résistance de 0,90 m²·K/W dès 20 mm. Son µ déclaré est de 50 à 100, donc il freine la vapeur sans l'arrêter. Le problème est ailleurs : c'est un panneau rigide, et une paroi de fourgon ne l'est pas.

Peut-on se passer d'aérations si le van est bien isolé ?

Non, et c'est même l'inverse. La norme NF EN 721, « Véhicules habitables de loisirs, exigences de ventilation de sécurité », impose deux aérations permanentes non obturables. Un van étanche et bien isolé accumule la vapeur produite à l'intérieur au lieu de la perdre, ce qui rend la ventilation plus nécessaire, pas moins.

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Photo de Mickaël Berthier
Mickaël Berthier Ardèche, et sur la route

Je vis en van aménagé une bonne partie de l'année depuis 2021. Ancien électricien du bâtiment, j'ai aménagé mon fourgon moi-même et je documente ici ce qui marche, ce qui casse et ce que ça coûte vraiment.

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