Deux mains soulèvent le contreplaqué d'origine d'un fourgon vide par les portes arrière ouvertes ; une baladeuse posée au sol éclaire en lumière rasante des piqûres de rouille sur le passage de roue, un tournevis et un carnet d'entretien traînent sur le plancher nervuré
Budget & démarches

J'ai acheté un Ducato à 190 000 km sans regarder le plancher

Octobre 2020, zone artisanale au sud de Valence : j'achète un Ducato L2H2 de 2014 à 190 000 km. J'ai écouté le moteur. Je n'ai pas regardé le plancher.

· Mickaël Berthier · 6 min de lecture

Un samedi d’octobre 2020, dans une zone artisanale au sud de Valence. Le vendeur est un plombier qui arrête son activité. Son Ducato est garé en travers de deux places, portes arrière grandes ouvertes, avec encore des caisses à outils dedans. Un L2H2 de 2014, blanc, 190 000 km au compteur. Une éraflure court sur toute la longueur du panneau latéral droit, et l’autocollant de son entreprise a été décollé à moitié.

Je fais le tour. Je démarre, je laisse tourner, j’écoute. Je m’accroupis à l’avant, je passe la main derrière le bas de caisse, je regarde l’usure des pneus. Je demande le carnet, il me tend une pochette plastique pleine de factures de vidange, classées par année. Douze ans d’électricité du bâtiment m’ont laissé un réflexe : je vérifie aussi les feux, les clignotants, la prise de l’attelage. Tout marche.

On fait un tour de la zone artisanale ensemble, lui à la place du mort, moi qui découvre ce que veut dire manœuvrer un L2H2 entre deux poids lourds garés n’importe comment. Il me parle de son ancien patron pendant tout le trajet. Je hoche la tête et j’écoute la boîte.

Ce que je n’ai pas fait, c’est monter à l’arrière, me mettre à genoux et regarder le plancher. Pas le contreplaqué posé dessus. Le plancher.

Je regardais un véhicule, j’achetais un support de chantier

Les listes de contrôle que j’avais lues la veille parlaient toutes de la même chose : embrayage, distribution, amortisseurs, filtre à particules. Elles sont écrites pour quelqu’un qui va rouler avec le fourgon. Moi, j’allais surtout percer dedans.

Six mois plus tard, ce plancher recevait des platines de fixation, une traversée pour le passage de câbles, le poids d’une banquette et celui d’un réservoir plein. Un utilitaire de tournée passe sa vie avec des outils mouillés qui glissent d’un bout à l’autre de la caisse. Le contreplaqué d’origine encaisse, absorbe et garde l’humidité contre la tôle pendant des années sans que personne ne le soulève.

Quand je l’ai soulevé, il y avait un moucheté brun sur toute la zone du passage de roue gauche. Rien de traversant. Assez, quand même, pour que la première étape de mon aménagement devienne un chantier de carrosserie auquel je n’avais pas pensé une seconde.

Ce jour-là, mon planning disait « isolation ». Il était écrit sur une feuille scotchée à la portière, dans l’ordre où j’avais prévu de faire les choses. J’ai passé les deux week-ends suivants à gratter, à brosser et à respirer un produit qui pique, porte du garage ouverte en plein novembre pour ne pas m’asphyxier. Mon père trouvait ça très drôle. J’avais surtout le sentiment de reculer.

Un câble, une section, une chute de tension : ça, je sais le calculer, c’est mon ancien métier. La corrosion, non. J’ai appris dessus avec une brosse métallique et des soirées entières de vidéos. Le choix du modèle se fait bien avant, sur des critères de volume et de hauteur, mais l’état du plancher ne dépend d’aucun modèle. Il dépend du métier de celui qui avait le véhicule avant vous.

Le reste a suivi : traiter, poncer, attendre que ça sèche, et seulement après commencer l’empilement de couches qui fait un vrai plancher de van.

Le kilométrage n’était pas la bonne question

190 000 km, tout le monde a un avis là-dessus, et les avis se contredisent. Certaines pages expliquaient qu’un Multijet commence à peine sa vie à ce compteur. D’autres annonçaient des factures à quatre chiffres, avec des seuils kilométriques au millier près et pas une source au bout. Six ans après, je cherche encore celle qui dit d’où elle tient son nombre.

Le total affiché compte moins que la façon dont il s’est accumulé. Deux cent mille kilomètres de tournées régionales, moteur chaud, autoroute : l’usure n’a rien à voir avec la même distance faite par tranches de trois kilomètres en ville, démarrage à froid à chaque fois. Le compteur ne fait pas la différence. La suite des relevés, si.

Et cette suite était consultable. Le ministère de l’Intérieur a ouvert HistoVec en 2019, gratuitement : le rapport reprend les dates et les résultats des contrôles techniques, l’historique des kilométrages relevés, les changements de propriétaire successifs et la situation administrative du véhicule. Seul le titulaire de la carte grise peut le générer et le partager. Ça se demande donc au vendeur, avant de faire la route, et un refus est déjà une information.

Je n’en avais jamais entendu parler. Ni sur les forums où je passais mes soirées, ni dans les guides d’achat que j’avais imprimés. Un service public gratuit dont aucune des pages que je lisais ne disait un mot. Ça en dit long sur ces pages.

Le plus bête, c’est que j’avais le chiffre en main sans le lire. Le plombier m’a remis le procès-verbal du contrôle technique spontanément, comme la règle l’y oblige. Pour un véhicule de plus de 4 ans, ce document doit dater de moins de 6 mois. Le certificat de situation administrative, lui, de moins de 15 jours. Et le procès-verbal porte le kilométrage relevé le jour du contrôle. C’était la seule valeur de mon dossier qui ne venait pas du vendeur. Je l’ai rangée dans la pochette plastique et je l’ai regardée un an plus tard.

Ce que je regarderais aujourd’hui, et dans quel ordre

Le plancher en premier, avant même de demander les clés. À genoux, lampe frontale, un tournevis pour appuyer là où la peinture cloque, et le contreplaqué soulevé sur au moins un angle. Ensuite les passages de roue par l’intérieur, le seuil de la porte latérale coulissante, le bas des portes arrière. Ce sont les endroits où l’eau reste, et c’est là que ma rouille s’était installée.

Le rapport d’historique en deuxième, demandé par message avant même de monter dans la voiture. Ça se traite le soir, depuis le canapé, et ça évite parfois de faire la route pour rien.

Le moteur en troisième, ce qui ne veut pas dire qu’il est secondaire. C’est la partie qu’un garage juge mieux que moi lors d’un contrôle avant achat, et la seule qui se répare avec un chèque. Une caisse attaquée par le bas, on ne la répare pas vraiment : on la traite et on la surveille.

Ce que je ne regarderais plus du tout : la carrosserie extérieure. L’éraflure du panneau droit m’a fait tiquer ce matin-là. Elle ne m’a jamais coûté un centime et elle est toujours là.

Le prix d’achat, je ne le redonne pas. Celui de 2020 ne dit plus rien du marché d’aujourd’hui, et un montant sorti de mémoire six ans après n’est plus vraiment un chiffre. En revanche ce qu’a coûté l’aménagement se détaille poste par poste, factures à l’appui.

Le Ducato roule toujours. La seule chose dont le plombier se soit excusé ce matin-là, c’est l’éraflure.

Sources

  • Service-public.gouv.fr, Vendre (ou donner) un véhicule : procès-verbal de contrôle technique de moins de 6 mois pour un véhicule de plus de 4 ans, certificat de situation administrative de moins de 15 jours (consulté le 31/07/2026)
  • Ministère de l'Intérieur, communiqué de présentation du service HistoVec, 2019 : service gratuit et officiel donnant la date de première mise en circulation, les changements de propriétaire, les sinistres, la situation administrative, les dates et résultats des contrôles techniques et l'historique des kilométrages (consulté le 31/07/2026)
  • Sécurité routière, page de présentation d'HistoVec : seul le titulaire du certificat d'immatriculation peut générer et partager le rapport (consulté le 31/07/2026)
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Photo de Mickaël Berthier
Mickaël Berthier Ardèche, et sur la route

Je vis en van aménagé une bonne partie de l'année depuis 2021. Ancien électricien du bâtiment, j'ai aménagé mon fourgon moi-même et je documente ici ce qui marche, ce qui casse et ce que ça coûte vraiment.

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