Je pose l’assiette dans l’évier et j’ouvre le robinet. Puis j’attends deux secondes avant de mettre les mains dessous, le temps que la colonne d’eau restée dans le tuyau parte au siphon et que ce qui arrive derrière soit tiède. Je frotte, je rince, je pose sur le torchon plié à gauche de l’évier.
Ces deux secondes d’attente, je ne les vois plus. Elles ont pourtant réorganisé une partie entière de mes journées d’hiver, et j’ai mis un moment à comprendre laquelle.
Avant, la vaisselle de février se faisait à l’eau du réservoir. Cette eau est à la température du van, autant dire celle du dehors avec deux ou trois degrés d’avance. On y met les mains, on frotte vite, on a fini en quatre minutes et on ne sent plus le bout de ses doigts. Ce n’est pas douloureux. Le problème vient après : les mains ne se réchauffent pas. Elles restent froides une heure, davantage si je ressortais dans la foulée.
Alors j’ai fait ce que fait tout le monde, j’ai mis la bouilloire sur le feu. Un litre chauffé, versé dans une bassine, complété au robinet, et on lave là-dedans. Ça fonctionne très bien. Ça impose surtout un ordre à la soirée : vouloir faire la vaisselle assez tôt pour que l’eau ait le temps de chauffer, attendre que le réchaud soit libre, sortir une bassine qui n’a nulle part où vivre le reste du temps. J’ai passé deux hivers à décaler des vaisselles d’un quart d’heure parce que la casserole du dîner occupait encore le brûleur. Certaines attendaient le lendemain matin.
La douche a suivi le même chemin, en pire, parce qu’elle demande beaucoup plus qu’un litre. Se laver devenait une opération : deux allers-retours de bouilloire, un pulvérisateur rempli au bon dosage, un timing serré pour ne pas se retrouver savonné avec de l’eau qui a refroidi. Le résultat, c’est qu’on repousse. J’ai connu des semaines de janvier où la douche du van servait de placard à linge sale, et j’allais me laver dans les piscines municipales le long de la route.
Cinq litres, et le chauffage qui tournait déjà
Le boîtier que j’ai fini par installer contient cinq litres. C’est un Truma Therme, un réservoir plat qu’on glisse sous une banquette et qu’on traverse avec la gaine d’air chaud du chauffage. L’air chaud passait déjà par là. Il chauffe l’eau au passage, et je ne paye rien de plus.
Je n’ai pas ajouté une source d’énergie au van. J’ai posé un réservoir sur le trajet d’une chaleur qui existait déjà et qui finissait dans l’habitacle de toute façon. Le chauffage tourne en février, donc l’eau est chaude en février, et les deux besoins tombent dans les mêmes semaines.
Avant d’en arriver là, j’avais regardé les boilers électriques, ceux qu’on branche et qui se débrouillent seuls. Elgena en fait un très répandu, dix litres, alimenté en 12 V, résistance de 200 W. Deux cents watts ne se prennent pas sur une batterie de van pendant une heure. J’ai reposé la fiche. Tout ce qui chauffe se règle dans le calcul de consommation qu’on pose avant d’acheter sa batterie, et une résistance plongée dans un réservoir y creuse un trou que rien ne rebouche.
Ce que ça coûte, et le mois où j’ai douté
Cinq litres, c’est peu. Un évier plein, ou une douche courte et menée sans traîner. Après, il faut attendre que ça remonte, et Truma ne dit pas combien de temps ça prend sur l’air chaud. La marque annonce une valeur pour le mode électrique, environ cinquante minutes pour passer de 15 à 60 °C avec la résistance de 300 W en 230 V, et rien du tout pour le chauffage à air. Je ne l’ai pas chronométré non plus. Chez moi ça revient dans le quart d’heure ou dans l’heure selon dehors, et je serais bien incapable d’en faire un chiffre.
Il prend de la place, aussi, dans un véhicule où le moindre litre de rangement compte. Il faut le vidanger dès qu’un gel est possible et que le van ne sert pas, la notice est ferme là-dessus. Truma demande aussi de le détartrer au moins deux fois par an. Je le fais une fois, au printemps en général, ce qui n’est pas ce que dit la notice.
Le doute est arrivé un mois de juillet, sur la côte, chauffage éteint depuis avril. Un réservoir tiède qui mange un volume utile et qui ne sert à rien pendant quatre mois, ça se remarque quand on cherche où ranger une caisse. J’ai sérieusement pesé de le déposer. Ce qui m’a retenu, c’est qu’en juillet l’eau du réservoir sort déjà tiède et que personne n’a besoin d’un chauffe-eau. Le problème qu’il résout n’existe qu’en hiver. Il chôme pile aux mois où son absence ne se sent pas, ce qui reste une drôle de façon d’être utile.
Ce qui m’a le plus surpris, c’est la vitesse à laquelle tout ça a disparu. Trois semaines après la pose, je ne pensais déjà plus à l’eau chaude. Au printemps suivant, je n’aurais pas su dire où j’avais rangé la bassine. Les trois façons de se doucher dans un van ne se valent pas, et j’aurais pourtant du mal à raconter à quelqu’un ce que celle-ci a changé chez moi.
Le confort ne se sent qu’au moment où il manque. Une nuit de janvier, chez des amis, j’ai dû casser la glace du bidon de rinçage posé derrière un gîte, et les deux secondes de robinet me sont revenues d’un coup.
Sources
- Truma, page produit et caractéristiques techniques du Therme : capacité 5 litres, thermoplongeur électrique 300 W en 230 V, temps de chauffe « env. 50 min » de 15 °C à 60 °C en mode électrique, limitation de température 65 °C, dimensions 370 x 220 x 230 mm, chauffage par tuyau d'air chaud (consultée le 31/07/2026)
- Truma, mode d'emploi du Therme : « Si le camping-car n'est pas utilisé durant la période de gel, Therme devra en tout cas être vidangé », détartrage au moins deux fois par an (consulté le 31/07/2026)
- Elgena, page produit du boiler Nautic-Compact : versions 6 et 10 litres, résistance 200 W en 12 V, 660 ou 330 W en 230 V, thermostat réglable d'environ 30 °C à 85 °C, cuve inox V4A (consultée le 31/07/2026)
Je vis en van aménagé une bonne partie de l'année depuis 2021. Ancien électricien du bâtiment, j'ai aménagé mon fourgon moi-même et je documente ici ce qui marche, ce qui casse et ce que ça coûte vraiment.